La coronavirus aggrave les lacunes en matière de vaccination systématique en Afrique
30-07-2021 09:44:00 | by: Pascaline Icyizere | hits: 1147 | Tags:

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La perturbation des services de vaccination systématique sur l’ensemble du continent africain au lendemain de la pandémie de maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) fait en sorte que l’Afrique concentre la moitié des 23 millions d’enfants dans le monde qui ont manqué les vaccins d’importance vitale contre la rougeole, la diphtérie et la poliomyélite.

Malgré les efforts remarquables qui ont été déployés en vue d’intensifier les campagnes de vaccination tout en apportant des réponses aux innombrables demandes liées à la pandémie, les statistiques révèlent que le nombre d’enfants ayant manqué leur première dose de vaccin contenant des valences diphtérie-tétanos-coqueluche (DTP-1) en Afrique a augmenté de 9 % entre 2019 et 2020. Ces 7,7 millions d’enfants représentaient 45 % des chiffres enregistrés à l’échelle mondiale.

Selon les plus récentes estimations OMS/UNICEF de la couverture vaccinale nationale, qui ont été publiées le 15 juillet et qui sont les premières à mettre en lumière les perturbations des services causées à l’échelle mondiale par la COVID-19, le nombre d’enfants ayant manqué la vaccination systématique en 2020 a augmenté de 3,7 millions par rapport à 2019. En Afrique, environ 1,7 million d’enfants n’ont pas reçu leur troisième dose de vaccin contenant des valences diphtérie-tétanos-coqueluche en 2020.

Trois des 10 pays du monde qui abritent le plus grand nombre d’enfants non vaccinés contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche, et contre la rougeole en 2020 sont africains. Il s’agit du Nigéria, de l’Éthiopie et de la République démocratique du Congo. De façon générale, l’Afrique concentre encore le taux le plus élevé d’enfants « zéro dose » au monde (c’est-à-dire les enfants qui n’ont pas reçu le DTC-1).

Les données recueillies dans la Région africaine de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) indiquent une baisse du taux de couverture vaccinale sur l’ensemble de la Région. Entre 2019 et 2020, les taux de couverture vaccinale ont baissé de 80 % à 79 % pour le vaccin DTP-1, de 74 % à 72 % pour le DTP-3 et de 70 % à 68 % pour le MCV1. À l’échelle mondiale, les taux de couverture ont chuté entre 2019 et 2020, passant de 90 % à 87 % pour le DTP-1, de 86 % à 83 % pour le DTP-3 et de 86 % à 84 % pour le MCV1.

Ces taux de vaccination sont très inférieurs à la cible de 90 % fixée dans le plan d’action régional pour les vaccins en Afrique, et sont largement en deçà du taux de référence de 95 % recommandé par l’OMS pour assurer la protection contre la rougeole. Le programme mondial pour la vaccination à l’horizon 2030, pour sa part, s’est fixé un objectif ambitieux, à avoir atteindre un taux de couverture de 90 % pour tous les vaccins essentiels de l’enfant au cours des neuf prochaines années.

En avril dernier, la Dre Matshidiso Moeti, Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, a dévoilé les premières estimations faisant état de ce que 16,6 millions d’enfants n’ont pas reçu les doses supplémentaires de vaccin antirougeoleux qui auraient dû être administrées en Afrique entre janvier 2020 et avril 2021, une période au cours de laquelle huit pays africains ont notifié d’importantes flambées de rougeole qui ont touché des dizaines de milliers de personnes.

Ces flambées épidémiques pouvaient être imputées en grande partie à une faible couverture de la vaccination systématique ou aux retards dans les activités de vaccination. En outre, l’efficacité de la surveillance de la rougeole en Afrique est tombée au plus bas niveau en sept ans, jusqu’en 2020, à tel point que seulement 11 pays ont atteint leur cible.

En avril dernier, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS, s’est dit préoccupé par le fait que la santé des enfants a été mise en péril pendant que les pays mettaient l’accent sur l’acquisition des vaccins contre la COVID-19.

« Nous avons régressé dans l’administration des autres vaccins, exposant de ce fait les enfants à des maladies dévastatrices, mais évitables comme la rougeole, la poliomyélite ou la méningite », a déclaré le Dr Tedros, en mettant en garde contre l’impact catastrophique que les nombreuses flambées de maladies pourraient avoir sur des communautés et des systèmes de santé déjà accablés par la COVID-19.

« Il est donc plus que jamais urgent d’investir dans la vaccination des enfants et de veiller à ce que chaque enfant soit atteint » a alerté le Dr Ghebreyesus.

Henrietta Fore, Directrice exécutive de l’UNICEF, a ajouté que des signaux visibles avant la pandémie indiquaient déjà un ralentissement de l’action menée pour vacciner les enfants contre les maladies infantiles évitables.

« La pandémie a aggravé une situation déjà préoccupante. Alors que la distribution équitable des vaccins contre la COVID-19 retient l’attention du monde entier, n’oublions pas que la distribution des vaccins n’a jamais été équitable, même si cette tendance peut être inversée, a-t-elle déclaré.

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